Arcueil et la mémoire de l’esclavage

Cette publication relate les liens entre Arcueil et la traite négrière et l’esclavage. En 2025, lors de l’installation du mémorial consacré à la mémoire de ces crimes contre l’humanité près de l’école Aimé Césaire et de l’école Danielle Casanova, on pensait que notre ville n’avait aucun lien avec ces crimes contre l'humanité. Il s'avère que l’histoire de notre ville n’est pas sans rapport avec l’histoire de la traite, de l’esclavage et de ses abolitions.

Comme le Palais de l’Élysée, symbole de la République française, construit grâce à Antoine Crozat, enrichi par le commerce colonial et la traite négrière, il y a un lien entre le bâti local arcueillais et l'économie esclavagiste. Un château, le château Laplace, aujourd’hui disparu, fut construit avec les produits de la traite négrière transatlantique et de l’esclavage dans l’une des premières raffineries de sucre de Basse-Terre.

Arcueil fut aussi au carrefour de la conscience abolitionniste avec Voltaire, l’auteur de Candide ou l’optimisme, installé au château-neuf d'Arcueil chez Anne-Marie-Joseph de Lorraine pour y rédiger Zaïre et avec M. de Saint-Lambert lié à la commune par sa généalogie, cofondateur de la Société des amis des Noirs avec le chevalier de Boufflers, cousin germain de Louise-Anne-Marie de Beauvau-Craon, princesse de Poix, propriétaire du château seigneurial. Alors que dans le château seigneurial fut installée une manufacture d’indiennes de coton vers 1778, le fils de l’un des graveurs de cette manufacture sera l’auteur d’une toile abolitionniste La Traite des Nègres confectionnée dans les années 1820. L’indienne de coton, objet du commerce triangulaire, devient un instrument de dénonciation de ce même commerce.

Le rapport le plus fort avec Arcueil concerne l’histoire de Saint-Domingue et l’acquisition de son indépendance. Le beau-frère de Louise-Anne-Marie de Beauvau-Craon, le vicomte de Noailles s’illustra comme tortionnaire. Obéissant au général de Rochambeau, il alla se procurer des dogues à Cuba dressés pour manger des nègres vivants. Malgré un corps expéditionnaire de 31000 hommes envoyés par Bonaparte, l’indépendance de Saint-Domingue devenue Haïti sera proclamée le 1er janvier 1804. En 1826, Charles X réclamera une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. Allégée en 1838, la dette sera réglée à la France par l’intermédiaire de banques dont la Caisse des dépôts et consignations. La question des réparations reste posée, 25 ans après la loi Taubira.

Cette publication rend hommage à deux femmes mortes toutes deux en 1802 : Sanite Bélair, esclave affranchie de Saint-Domingue, qui participa à la révolution haïtienne et refusa la décapitation pour être fusillée comme son époux et la mulâtresse Solitude, figure féminine des insurgés en Guadeloupe, qui fut suppliciée après son accouchement. Une sculpture « Femme Bellah aux fers » réalisée à Tombouctou en 1925 par l’Arcueillaise Anna Quinquaud montre que la traite transsaharienne et l’esclavage perdurent.

Annie Thauront

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